Loading...

exhibition, Renaud Allirand, french contemporary artist, painter engraver photographer

694 views

Loading...

Loading...

Loading...

Rating is available when the video has been rented.
This feature is not available right now. Please try again later.
Published on May 4, 2012

Dès le seuil franchi, je me suis senti à l'aise et les gravures m'ont plues aussitôt entrevues, comme un lever de rideau ; un moment attendu et qui s'annonce plus dense encore que ce qu'on avait simplement envisagé.
Et vous dedans, comment dire ? Ça collait. C'était ça. Simple, accueillant, cohérent.
Au milieu d'un faisceau de gravures, l'œil passe, revient, caresse, se laisse aller. Un peu comme quand on croise quelqu'un qu'on semble avoir connu et qui fait remonter tout un désordre d'images enfouies mais familières.
Les gouaches et les encres sont profondes, vous arrivez à m'y faire entrer. Là, dans un éclat de bleu, on part dans une brume, dans un frottis et puis on se perd sans abandonner l'espoir de s'y retrouver. Il y a de très belles aubes juste un peu acidulées, soulignées d'une fissure qui pourrait être une plaie parce qu'elle est rouge... est-ce qu'elle vient d'être faite ou est-ce qu'elle cicatrise ? Et puis ailleurs, il y a un grand pan de lumière jaune, mais pas si simple, une grande quantité de jaunes s'y superposent comme les strates d'anciennes affiches détruites par le temps et enflammées de soleil. Ailleurs encore, une apparition impalpable nous attend avec laquelle on partirait bien, derrière cette brume obscure, inquiétante.
C'est un monde très subtil que vous ouvrez ; rien ne s'y donne d'emblée et tant mieux. J'ai envie de faire une comparaison qui vaut ce qu'elle vaut - c'est le problème des comparaisons - avec ces paysages classiques idéaux, recomposés que peignaient Le Lorrain ou Hubert Robert et dont Turner s'est inspiré parfois. J'ai eu l'occasion de voir l'exposition Turner et ses peintres au Grand Palais, je suis resté fasciné par les labyrinthes de verdure, les chemins qui s'enfoncent sous les arbres, l'arrivée d'un minuscule troupeau venu du fond de la toile et je retrouve cette impression chez vous. Sauf que chez vous, c'est dans la couleur qu'on s'enfonce et non dans le récit. Ça emprisonne moins l'imaginaire et ça permet davantage au spectateur d'exister. Ça, Turner l'avait compris et d'autres comme Monet ou Miro.
Et puis, il y a cette façade qui pourrait être un décor de théâtre mais je la sens plus intime ; on ne sait si elle ose avouer ses fenêtres ou si elle craint ses murs... elle est plus figée que froide, plus fragile que métallique, bref, on a envie de l'ouvrir et d'en regarder l'envers, mais pour ça il faut qu'une porte s'entrebâille... il n'y a pas de porte. Elle me plaît beaucoup parce qu'elle touche à l'intime et peut-être aux douleurs.
Voilà, je suis ressorti de votre monde d'images comme d'un paysage proche et émouvant. Et ça, j'aime.
Du côté de chez Dip, c'est plein de questions, tant dans la partie écrite qui joue à l'assemblage de mots - un peu oulipien - pour laisser affleurer tous les possibles du bizarre qui font la chair et la peur du désir, que dans les dessins entre la naïveté des regards et la crudité des rêves - mais les rêves sont crus, toujours. Je trouve que vos dessins viennent en appui de vos gravures et que d'une façon plus débridée mais en rien choquante, ils dansent leur pantalonnade grotesque comme le font tous les petits bipèdes que nous sommes.
A chacun de donner la main à son petit Poucet pour aller voir derrière ou au fond des brumes. Patrick Bougeard, janvier 2012

Loading...

When autoplay is enabled, a suggested video will automatically play next.

Up next


to add this to Watch Later

Add to

Loading playlists...