Chacun sait de sa propre expérience, la part d'onirisme inhérent à tout transport en commun : plongée dans un monde intérieur au milieu de gens qui n'y ont nulle place, mais qui sont là. L'indifférence affichée ne saurait s'abstraire de la promiscuité inhérente à tout transport en commun.
Il s'agit de filmer la scène la plus banale et qui ne s'imprime pas dans la conscience - un métro arrive ou quitte le quai - scène qui est vécue par tous comme un décor qu'on n'appréhende pas en soi.
La caméra va permettre de capter tout ce que l'on a manqué du fait de nos capacités physiques limitées jointes à l'inintérêt foncier d'une telle situation.
La position extérieure et purement opératoire du filmeur lui assure de n'interférer en aucun cas avec ceux qu'il filme. On ne le voit pas et lui ne voit personne. La méthode relève plus des techniques d'imagerie qui font accéder l'œil à ce qui est, de facto, hors de sa portée.
On s'appuie sur le discontinu inhérent à la technique du cinéma qui enregistre une image toutes les vingt cinquièmes de seconde. Si le sujet filmé se meut rapidement tandis que la caméra reste fixe, les deux images successives ne se raccordent pas. Projeté à vitesse lente le film ne saurait donner l'illusion d'un ralenti mais plutôt d'une succession de photos.
L'utilisation de caméras numériques dans ces conditions d'éclairage
génère une image avec un fort niveau de bruit (équivalent informatique du grain de l'argentique) qui unifie l'image telle une texture.
Le flou de l'image conserve à la révélation de l'instant invisible sa part d'indéfini. Le flou dû à la vitesse gomme les différences
-- certains diraient les défenses -- derrière lesquelles chacun se blottit. En soulignant certains traits, en masquant d'autres, le flou - tel un maquillage -- concentre la perception que l'on a d'un être humain. On ne voit d'un inconnu que ce qu'il donne à voir : la part de lumière qu'un visage accroche au milieu de l'obscurité.
Le dérushage se fait image par image. C'est le moment où on découvre ce qui a été réellement filmé. On repère les images intéressantes qui sont transformées en images fixes de quelques secondes dans le continuum du passage de la rame de métro.
Le montage assemble différentes rames en une seule, ponctuée par des images fixes sur le principe du jeu d'enfants : « On s'arrête.... On continue... ». Schématiquement, la progression du film va du réalisme à l'onirisme, des plans éloignés aux gros plans, du net au flou.
La bande-son utilise exclusivement des ambiances enregistrées sur les quais du métro. Elle ne commente pas directement les images ni le rythme du montage, mais progresse de l'ambiance « pure » vers les ambiances manipulées, du réel vers l'onirique. A la différence des images ici tout est affaire de répétitions, de mixage, de traitement afin de transformer imperceptiblement l'ambiance en accompagnement musical.
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mais que est ce que c'est peut' on utiliser ces images ?
renaudvincentroux 2 years ago