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Gérard Souzay / Jacqueline Bonneau - Tristesse - Gabriel Fauré / Théophile Gautier

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Uploaded by on Jun 7, 2009

Mais quel jaloux ce Roland Barthes !
Dans ses Mythologies, Roland s'en prend violemment à l'interprétation de Souzay de « Tristesse » de Gabriel Fauré.
"... ayant, par exemple, à chanter une "tristesse affreuse", il ne se contente ni du simple contenu sémantique de ces mots, ni de la ligne musicale qui les soutient : il lui faut encore dramatiser la phonétique de l'affreux, suspendre puis faire exploser la double fricative, déchaîner le malheur dans l'épaisseur même des lettres; nul ne peut ignorer qu'il s'agit là d'affres particulièrement terribles. Malheureusement, ce pléonasme d'intentions étouffe et le mot et la musique, et principalement leur jonction, qui est l'objet même de l'art vocal."

Et oui la mode actuelle est à l'épure totale... et quel ennui ! (Bon, c'est pratique en fond sonore pour travailler, parce qu'avec Souzay je chante, je frémie, je pleure... et son interprétation est bien loin d'être hyper maniérée ou grotesque.)

J'adore cette version enregistrée de Souzay, je vous en rappelle les mots de Théophile Gautier qui n'était pas, lui non plus, dans l'épure. (Précision de papa : non au contraire Théophile Gautier est l'un des tenants de l'art pour l'art dont le seul but est la beauté - Moi : je ne vois pas la contradiction).

Avril est de retour,
La première des roses,
De ses lèvres mi closes,
Rit au premier beau jour,
La terre bienheureuse
S'ouvre et s'épanouit ;
Tout aime, tout jouit ;

Hélas ! J'ai dans le coeur une tristesse affreuse !

Les buveurs en gaité,
Dans leurs chansons vermeilles,
Célèbrent sous les treilles
Le vin et la beauté,
La musique joyeuse,
Avec leur rire clair
S'éparpille dans l'air ;

Hélas ! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse !

En déshabillé blanc,
Les jeunes demoiselles
S'en vont sous les tonnelles
Au bras de leur galant,
La lune langoureuse
Argente leurs baisers, longuement appuyés ;

Hélas ! j'ai dans le coeur, une tristesse affreuse !

Moi je n'aime plus rien,
Ni l'homme ni la femme,
Ni mon corps ni mon âme,
Pas même mon vieux chien ;
Allez dire qu'on creuse
Sous le pâle gazon,
Une fosse sans nom;

Hélas ! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse !

Category:

Music

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  • Sans vouloir "déifier" Roland Barthes ni affirmer indiscutable la moindre de ses phrases, je me demande tout de même si vous ne postulez pas vous-même l'hostilité de son intention... En lisant son texte, moi, j'ai l'impression qu'il commente (certes à sa manière...), mais pas qu'il s'en "prend violemment" à qui que ce soit. Il a toujours été trop pressé pour ne pas paraître parfois un peu péremptoire, c'est vrai... mais c'est une manière d'approcher l'essentiel, non ?

  • Vous avez raison. En indiquant que Barthes tient des propos violents, je tombe moi-même dans le « travers » de Souzay « si » critiqué : je pratique certainement la littéralité dintention, jétablis des correspondances abusives. Je mets peut-être à tort (mais jespère ne pas imposer) des signes de lémotion là où il ny en a pas. Cest sans doute mon esprit mélodramatique surchargé de pathos qui se sent agressé par les propos de Barthes.

  • Peut-être aussi que je ne peux mempêcher de penser aux tenants de lart musical officiel actuel si bien représentés dans nos conservatoires qui nont eu de cesse de me castrer dans mon interprétation et donc dans mon plaisir sous prétexte de tenter dapprocher lessentiel. Peut-être que jimagine aussi, certainement abusivement, le chanteur Barthes, disciple de Panzéra, jaloux du talent de Souzay.

  • Cest mon défaut dimaginer. Mais en tout cas, loin de moi lidée de prendre linternaute de you tube pour un naïf à qui il serait nécessaire de mâcher le travail.

  • Merveilleux!

  • Je dirai même plus : une merveille !

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All Comments (22)

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  • c´est nul

  • Ca perce le coeur. Trop belle.

  • @INFACTparis Oui maniérisme caractéristique de certains chanteurs homosexuels mais sur une certaine retenue quand même.Heureusement parce que en personne, c'était une grande folle!

  • Une perle

  • Souligne toujours un peu trop les choses, c'est son style à lui, mais quand même, ces petits maniérismes datés passent encore bien, des moments extraordinaires (une fosse sans nom...)

  • Das ist wirklich wunderschön...hach...die beste Version bisher, die ich davon hier gefunden habe!

  • C'est sublime.

  • Merci pour vos deux intéressantes réponses ; et jen profite pour vous dire que je vous trouve bien sévère envers vous-même. Il me semble que vos propos sont drôlement bien structurés, pour un « esprit mélodramatique surchargé de pathos » ! Il est dailleurs certain que Barthes fait partie des gens qui ont une énonciation péremptoire, voire parfois pontifiante, et il nest pas difficile de se sentir agressé par elle.

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