Des brebis et des hommes

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Uploaded by on Nov 23, 2008

Ce que l'on fait aux animaux sera fait aux hommes.
Des bergers nous alertent.
. Pourquoi nous refusons le marquage électronique des brebis
et nous nous débattons dans le monde qui le produit
Au 1er janvier 2008, lensemble du cheptel ovin et caprin de la communauté Européenne doit être
identifié avec des puces électroniques pour répondre aux exigences industrielles de « sécurité alimentaire »
(règlement CE n°21/2004 du conseil du 17/12/2003). Ces mouchards arrivent à une époque où la machine
industrielle semballe au rythme des crises sanitaires (grippe aviaire, vache folle, fièvre aphteuse...). Le dernier
moyen de maintenir lillusion dune maîtrise est de considérer les éleveurs comme des risques industriels
potentiels. Il faut donc assurer leur flicage.
Dans la marche du progrès, refuser le puçage électronique des brebis peut paraître anodin. Pourtant,
cette nouvelle mesure de traçabilité, nous la prenons en pleine figure car nous savons quelle nous pousse un
peu plus loin dans un monde où lon commence à se sentir de trop.
Lélevage nest pas seulement une industrie produisant du lait ou de la viande. La domestication nest
pas seulement la soumission dun animal, cest aussi un long compagnonnage commencé à la révolution du
néolithique. Ces interdépendances influencent depuis 10 000 ans nos relations aux animaux, aux humains et au
monde. Cette longue compagnie a participé à construire nos imaginaires, nos mythes, notre culture.
Avec le puçage électronique, toute cette partie de lhistoire de notre humanité est anéantie, détruite, niée.
Comme la plupart des professions, une part de plus en plus importante de nos activités est régie par un
ailleurs : normes industrielles, obligation de sexpliquer, permanence de la suspicion à notre égard. Cela suffit !
Pour nous, il ne sagit pas de se justifier. Nous ne voulons plus cogérer les modalités de notre soumission. Nous
ne voulons plus nous « adapter ». Nous ne pouvons regarder nos brebis se transformer en machine, en émetteur-
récepteur sans rien dire. Dans un monde où lhumiliation est devenue tellement familière que lon ne la
reconnaît plus, où le contrôle ne choque plus personne et peut même être citoyen ou participatif, nous avons fait
comme tout le monde. Nous avons fait profil bas, nous avons ménagé les administrations et entretenu notre
asservissement au système des primes agricoles en traînant les pieds face aux « nouveautés ».
Aujourdhui refuser le puçage électronique, cest voir son troupeau euthanasié. Malgré tout, si nous
prenons publiquement la parole, cest que nous ne voulons pas plonger dans laigreur et le désespoir que génère
la résignation ( « de toute façon ça se fera », « les gens ne comprennent rien », « le monde est devenu fou »,
« on narrête pas le progrès »).
La révolution industrielle a réalisé la volonté de tout transformer en machine. Après les outils, il est
question aujourdhui des animaux domestiques avec le marquage électronique. Vient le tour du cheptel humain.
Déjà, il est question de bornes biométriques dans les cantines, de fichier ADN, de cartes didentités
biométriques,... Ce puissant processus de mécanisation du monde vivant est en train de détruire tout ce qui fait
que lhumain nest pas seulement une construction biologique usinable à merci.
Nous avons encore quelques espoirs mais ils peuvent disparaître si lon continue à se taire, à baisser la
tête, à laisser échapper ce que lon a dans les mains. Ici, il sagit pour nous de conserver quelques chances
délever des bêtes à peu près dignement, de ne pas collaborer par notre silence à lautomatisation et à la
déshumanisation de lélevage, à la transformation définitive des bêtes en marchandise et à notre enfermement
dans un monde invivable pour les brebis et pour nous tous.
.
Nous, bergers des plaines, des causses et des montagnes, réunis pour notre sauvegarde, appelons
toutes et tous à refuser les entraves électroniques. Nos troupeaux ne sont pas des machines et nous
nhabitons pas dans des usines. Nous vous invitons à reproduire ce texte, et à en parler autour de vous.
Des bergères et bergers opposés à la mécanisation de la vie
Août 2007
Pour poursuivre, contact :
Groupe nord ouest : bergerouest@no-log.org
Groupe sud-ouest : Bergères et bergers languedociens rue du Port 81500 Lavaur
Groupe sudest : Léon Nampepusse ancienne école 84400 Sivergues

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