Vent de sable par Mohamed Lakhdar-Hamina

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Uploaded by on Jan 6, 2011

film | Algérie France Tunisie
date de création : 1982
durée : 103'
type : fiction
autre titre du film : Rih al'rimâl

Long survol du désert. D'une dune à l'autre, rien ne change. La caméra sculpte cette géographie d'avant l'histoire, s'arrête sur une oasis perdue. Quelques hommes, quelques femmes, des vêtements bruns sans âges, sur une terre sans âges. Ce film commence sur un viol : légal, il s'agit d'un mariage. Il s'achève sur la marche d'une femme au désert, insecte faisant rouler le sable sous ses pas, à l'infini. C'est un film sur la violence que la nature fait à l'homme, et que l'homme fait à la femme, au dernier bout de la chaîne des misères.
Cette violence est sauvage, les corps s'y tordent, le sang coule, et le film est très beau. Pour une fois, au contraire de ce qui souvent se passe au cinéma, cette grande beauté ne travaille pas contre la violence, à l'affadir. Elle l'exalte, lui donne son poids de déraison. Lakhdar Hamina, que son goût pour la somptuosité et son envie d'inscrire son cinéma dans les canons internationaux des "grands" ne servirent pas toujours (qu'on songe à Chronique des années de braise, monuments aux morts un peu amputé), touche juste, ici. L'ampleur à peine emphatique des mouvements de caméra, le souci d'animer les scènes de mouvements forts, l'utilisation d'une "musique de scène" qui n'a rien de réaliste situent le film entre la tradition hollywoodienne et le cinéma égyptien à grand spectacle. Ici, cela n'a rien d'un reproche: le propos du film, qui n'est pas ethnographique, mais de mise en scène, véritablement, de la violence, n'en est que plus évident.
Expliquons-nous: il paraît clair d'entrée, dés cette envolée de caméra sur le désert au prégénérique, qui s'achève sur une nuit de violence, que le cinéaste n'a pas eu l'intention de "décrire la vie" de telle communauté du sud algérien, à telle époque précise.
Il veut dire ceci, qui n'est peut-être pas universel, mais au moins assure pour tout ce monde culturel méditerranéen où trois religions se sont donné Abraham pour père : quand l'homme souffre, il a toujours un souffre-douleur sous la main : la femme. Plus il endure, plus il lui fait, à elle, endurer. Et il le dit en ne ménageant aucun des effets propres à faire entendre au plus grand nombre cette vérité. La "forme grand-spectacle" n'est pas une tare en soi dont il faudrait se garder: elle peut être - Vent de sable le prouve - le véhicule d'un message qui vise une certaine universalité.
A condition qu'elle ne soit pas une forme passe-partout, que le "spectacle" soit sous-tendu par une émotion.
Qui ne serait ému par la dédicace finale où au bout de la description de l'acharnement à vivre d'hommes et de femmes qui s'échinent à repousser le sable de leurs maigres plantations, le film s'achève sur ces mots: "A ma mère, qui eut seize enfants."

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  • Film magnifique, que j'ai vu à sa sortie en salles, et qui m'a profondément marquée. Merci de l'avoir posté.

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