Sweet life

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Uploaded by on May 8, 2008

Aujourd'hui, nous avons refait le trajet du premier jour de notre arrivée à Guangzhou. Cette après midi, la poésie c'était du ciel, bleu avec des nuages, rare à Guangzhou de voir le ciel.
Ce matin, pas possible de prendre cette photo où tu filmes lentement cet homme et l'oiseau, dans la cage. Nous filmons à l'extérieur du «Libreria Borges Institute for Contemporary Art »,
sur Yile Yihang, Yile Road. J'ai aimé tout de suite cet endroit qui me semble familier parce qu'il est habité par des êtres qui vibrent. J'aime cette sensibilité silencieuse et ce que j'en perçois me fait pétiller les neurones, comme la promesse d'un repas pour celui qui a faim. J'ai trouvé une oasis hospitalière.
Notre projet matinal initial, c'est de filmer le lieu, mais le matin a la lumière grise et nous pousse à explorer alentour.
Tu filmes tes façades léprosées, l'écran mural où « ça » se projette, te prend le goût de peindre et tu deviens l'homme qui mange sa soupe tranquillement sur le seuil d'une improbable demeure, une réminiscence au milieu des immeubles construits à la hâte et contenant la foule immense. Tu deviens le chant de l'oiseau que tu entends, et tout d'un coup tu t'arrêtes, tu le cherches cet oiseau pour mieux saisir son chant. L'homme qui prend son repas et qui nous regarde avec une curiosité amusée comprend que nous cherchons l'oiseau. En fait, c'est un oiseau qui est en cage et qui lui appartient, il nous l'offre pour quelques instants et suspend la cage sur l'arbre. Comme l'oiseau s'est tu, un dialogue s'établit entre cet homme qui siffle pour faire chanter pour toi son oiseau et toi qui filme l'homme qui siffle pour faire chanter l'oiseau... Tu filmes ce que tu regardes et tu montres le regard que tu portes sur les êtres et les choses : tu t'oublies et tu es l'éponge, tu es le joueur fabuleux dans la rue, le balayeur sur son fauteuil, la vendeuse de dim sun que tu vas engloutir après, tu es cet homme qui mange sa soupe, le goût de la soupe et le chant de l'oiseau, tu te fonds dans le dehors... Rien ne vient parasiter cette présence au monde que tu vis pleinement et dont je sens fugacement l'existence en partageant les mouvements de ton être dans ce voyage et notre vie quotidienne depuis que nous nous aimons, c'est à dire depuis que nous nous sommes rencontrés. Je te regarde et j'aspire à cette vision pénétrante : tu es ce que tu ressens, ce que tu entends, ce que tu vois, ce que tu goûtes... Rien d'interne ne vient perturber l'intensité de tes perceptions

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