Le dernier Hommage à Chérif Kheddam. Compilation
La leçon de Kheddam. Ameziane Farhani
"Imaginez le fils d'un pauvre muezzin analphabète d'un petit village de Kabylie dans les années vingt. Un paysage de misère et de dur labeur où le pain paraît un luxe inouï. Imaginez maintenant que son père l'envoie très jeune dans une zaouïa de la Soummam. Imaginez encore qu'il apprend le Coran par cœur et éblouit les gens par ses psalmodies. Imaginez-le, à 12 ans, obligé de se rendre à Alger pour devenir un Gavroche du colonialisme, manœuvre dans une entreprise de construction à Oued Smar. Imaginez une dispute avec le patron, le renvoi et la seule perspective possible : l'émigration. Imaginez le destin d'un ouvrier algérien de 20 ans dans la France de 1947, les cadences d'une fonderie puis les chantiers de peinture en bâtiment.Jusque-là, l'imagination fonctionne aisément.Mais là où elle s'enraye pour laisser place au plus grand étonnement et à une admiration encore plus grande, c'est quand on découvre que ce garçon-là se privait parfois de manger pour aller, le soir, épuisé jusqu'à la moelle, prendre des cours particuliers de solfège. Il découvre la musique classique universelle, la grande musique arabe auprès de Mohamed Jamoussi et les musiques du monde présentes à Paris, c'est-à-dire quasiment toutes.Il apprend le piano et le luth, l'harmonie et les règles de la composition musicale. Et comme cela ne lui suffit pas, il prend des cours chez le professeur Lamy, inspecteur des Conservatoires nationaux de musique de France.
A force de lire, il devient ami de son libraire français, un brave homme qui l'aidera à produire son premier 78 tours. Il était sans doute le seul artiste algérien capable d'écrire directement une musique sur partition, du moins de cette origine sociale, du moins de sa génération. Même aujourd'hui, combien sont-ils, nos chanteurs, à disposer d'une véritable culture musicale et à maîtriser le solfège ? Ils devraient retenir la leçon du Kheddam, le travailleur qui, de son échafaudage, eut le courage de plonger dans l'univers de Beethoven !"
Ameziane Farhani
Algérien, kabyle, réside au canada, Dès que j'ai su le décès de CHERIF KHEDDAM, grand musicien incontesté qu'il était. Les meilleurs ne peuvent être remplacés!! Les nuls foisonnent!! Nous devons absolument faire quelque chose pour que ca soit l'inverse!!
Sinon adieu la kabylie, adieu l'algérie!!
revoistoneducation 1 month ago
@revoistoneducation Merci pour ton merveilleux commentaire. C´est ce que je pense moi aussi et je le dis et le crie partout.La mediocrite nous entoure de partout.L´Algerie est en danger culturel.....et je ne sais ce que nous reserve l´avenir.
Mes amicales et chaleureuses salutations.
Cordialement
hadjout57 1 month ago