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Sarko m'a tué jusqu'en Lybie... hacking et mauvaises manières de la démocratie

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Uploaded by on Sep 1, 2011

Et voici la chronique fantôme warp zone pour le Rendez Vous de Laurent Goumarre du 1er septembre avec Paul Moreira et Jean-Pierre Filiu.

Une chronique inspirée par une surprenante interview proposée par Le Figaro sur son site à la suite d'une information révélée mardi par le Wall Street Journal. Des ingénieurs informatiques français d'une filiale de la société Bull ont aidé des militaires français pour former les services de renseignement lybiens à mettre l'Internet du pays sur écoute.

Dénommé « Eagle, » le pot aux roses a été découvert dans un immeuble de Tripoli auquel le Wall Street Journal a eu accès cette semaine et dont il publie des extraits les photos absolument confondantes d'une war room qui ferait rêver d'envie nombre de community managers.

Mais là où les community managers essaient de savoir si les français aiment telle ou telle marque de soda, et s'acharnent à poster de faux commentaires positifs sur les sites de critiques de films, les espions du web lybiens s'affairaient à recueillir les conversations de leurs opposants -- conversations professionnelles, privées voire même amoureuses évidemment.

Cette forme d'espionnage est devenue à la mode au fur et à mesure que l'on a commencé à expliquer combien Internet était devenu un outil essentiel aux activistes de tout bord désireux de fomenter des révolutions partout dans le monde.

Ce que l'on découvre est éclairant sur la réalité de notre anonymat sur Internet.

De la même façon que les émeutes anglaises ont fait comprendre que les prétendues communications cryptées de BlackBerry Messenger étaient parfaitement accessibles aux forces de l'ordre, on apprend que la société française était capable de décrypter les communications envoyées par Skype -- pourtant réputées plus sures, de censurer leurs vidéos youtube, de repérer les serveurs proxys intermédiaires qu'ils utilisaient pour accéder aux sites étrangers en contournant la censure de leur pays.

Les français n'étaient naturellement pas les seuls à fournir des moyens d'espionnage au colonel, la Chine et les Etats-Unis sont également cités par le Wall Street Journal, mais sur quelles bases juridiques les autorités françaises ont ainsi autorisé l'exportation de ces outils.

C'est le sujet d'une question parlementaire du député socialiste Christian Paul qui affirme qu'elles devraient « à l'évidence être soumise au contrôle et à l'autorisation des autorités françaises, car ils sont assimilables à des armes technologiques ».

Contrairement à l'image qui est traditionnellement véhiculée par les médias, Internet et les nouvelles technologies ne sont pas forcément un instrument de libération, ni de démocratie. Ils ont déjà été utilisés à de nombreuses reprises pour faciliter la répression contre des populations civiles. Comme le dit Evgeny Morozov, les bases de données du web sont bien plus efficaces que les officiers de la Stasi. Commercialement, elles permettent de faire de la publicité ciblée auprès des internautes. Politiquement, elles assurent une meilleure connaissance des citoyens, permettent de les identifier, de les contraindre, voire de les manipuler -- imaginez qu'on commence à leur envoyer des informations qui correspondent précisément à ce qui les feraient changer d'avis au regard des données qu'on possède sur eux.

Théorie du complot ? Exagération ?

Certes la question mérite d'être posée, mais cette affaire lybienne arrive justement au moment où est publié « Sarko m'a tuer, » et où l'on affirme sans sourciller que « les services secrets ont espionné un journaliste du Monde. »

Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est le journal Le Monde qui affirme que les conversations téléphoniques de ses journalistes ont été surveillées afin de pouvoir identifier et punir quelques uns de leurs informateurs.

Mais aucun rapport, juste une fameuse bande de paranoïaques sans doute.

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