Alert icon
We're changing our privacy policy. This stuff matters.  Learn more  Dismiss

Léo Ferré - Les assis (1969)

Loading...

Sign in or sign up now!
20,119
Loading...
Alert icon
Sign in or sign up now!
Alert icon

Uploaded by on Jul 4, 2007

Poème de Rimbaud.

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

Category:

Music

Tags:

License:

Standard YouTube License

Link to this comment:

Share to:
see all

All Comments (8)

Sign In or Sign Up now to post a comment!
  • Stupidement noyé sous de vilaines gloses,

    Te revoilà giflant les scribes ennuyeux ;

    Rimbaud qu’un feu vital agite au pouls des choses

    Et dont le verbe court plus vite que nos yeux.

    Un poète contemporain

  • Si vrai, la vie est ainsi faite que ce qui fut beau devient laid et amer. Mais le coeur lui, résiste à tous les assauts, quand l'amour le visite et l'habite. Je ne parlerai pas des anges qui eux habitent l'âme et la soulevant par les coins connus de sa souffrance lui font entrevoir l'éternité.

  • du lourd

  • Wow, dire que mon père ma fait grandir avec Léo, merci papa

  • je crois que c'est mon poème preféré de rimbaud .

  • Très beau poème!

  • Terrible !

Loading...

0 / 00Unsaved Playlist Return to active list
    1. Your queue is empty. Add videos to your queue using this button:
      or sign in to load a different list.
    Loading...Loading...Saving...
    • Clear all videos from this list
    • Learn more