Texte du Lutin d'Ecouves :
L'autre jour, j'étais dans une salle d'attente et je suis tombé par hasard sur cet article de l'Express datant de juin :
Durant la campagne présidentielle, Hervé Morin s'est adressé à Claire Gibault députée européenne proche de Bayrou et chef d'orchestre dans le civil pour lui demander : "J'ai entendu l'Adagio d'Albinoni, c'est superbe, de qui est-ce ?" Et Claire Gibault, devenue depuis membre du MoDem tandis que Morin a été nommé ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, de répondre : "C'est comme la couleur du cheval blanc d'Henri IV."
Là, vous riez et fustigez le pauvre troufion qui n'a pas le droit d'accéder à la Culture car ce n'est qu'un béotien ignare qui pue des pieds.
Eh bien, vous vous trompez ! L'Adagio d'Albinoni n'est pas d'Albinoni !
Le Lutin qui est un amateur, entre autres, de musique baroque a tout de suite vu le gag : Le fâââââmeux Adagio d'Albinoni est un faux, madame ! C'est une composition de 1945 due au musicologue Remo Gaziotto, inspirée de fragments d'une sonate en trio d'Albinoni (1671-1750-51).
Madame Gibault, tout chef d'orchestre qu'elle est, s'est pris les pieds dans la baguette. Cela ne m'étonne pas, j'ai rencontré de nombreux musiciens peu cultivés en matière de musique. Ce n'est pas un paradoxe car la musique est un art tellement exigeant que la spécialisation dans un domaine instrumental ou autre exclut souvent la connaissance générale par manque de disponiblité.
Curieux comme un Lutin et féru de toutes les cultures, je n'ai moi-même pas toujours échappé à ce mal appelé pédantisme dont est atteinte Madame Gibault ainsi qu'une bonne partie de nos élites intellectuelles. Le sport, lieu de brassage social, m'a aidé à recentrer mes idées et à respecter autrui pour ce qu'il est et non pour ce qu'il sait. Et je peux vous dire que pour un enseignant, c'est une sacrée bouffée d'oxygène !
Pendant qu'on y est, le Concerto d'Aranjuez, il est de Rodrigo (1901-1999) mais le canon de Pachelbel est bien de Pachelbel (1653-1706). (Ça y est, je ressors la confiture...)
Quant au véritable Adagio d'Albinoni, le voici; c'est le deuxième mouvement d'un concerto pour haubois de l'opus IX prenez le temps de l'écouter et laissez-vous bercer par ce rythme de barcarolle (rythme vénitien du roulis de la barque) :
Magnifique musique. L'interprétation est remarquable, d'une grande sensibilité sans tomber dans le pathétisme. Pourriez-vous me dire qui sont le soliste, le chef et l'orchestre ? Merci
gyrocompa 4 years ago 4
Il s'agit de The Acadmy of Ancient Music. Frank de Bruine, hautbois.Direction : Christopher Hogwood (instruments d'époque)
lelutindecouves 4 years ago