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Dix Poèmes

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Uploaded by on Nov 22, 2008

01. de Jean Tardieu (1903-1995) - Conversation
Comment ça va sur la terre?
- Ça va ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères?
- Mon Dieu oui merci bien.
Et les nuages?
- Ça flotte.
Et les volcans?
- Ça mijote.
Et les fleuves?
- Ça s'écoule.
Et le temps?
- Ça se déroule.
Et votre âme?
- Elle est malade
le printemps était trop vert
elle a mangé trop de salade.

02. de Guillaume Apollinaire (1880-1918) - Automne malade
(...)
Et que j'aime ô saison que j'aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu'on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne, feuille à feuille
Les feuilles
Qu'on foule,
Un train
Qui roule
La vie
S'écoule

03. de Blaise Cendrars (1887-1961) -
Nous ne voulons pas être tristes
C'est trop facile
C'est trop bête
C'est trop commode
On en a trop souvent l'occasion
C'est pas malin
Tout le monde est triste
Nous ne voulons plus être tristes.

04. de Claude Roy (1915-`997) - Bestiaire du coquillage
"Si tu trouves sur la plage
un très joli coquillage
compose le numéro
OCÉAN O.O

Et l'oreille à l'appareil
la mer te racontera
dans sa langue des merveilles
que papa te traduira."

05. de Philippe Soupault (1897-1990) - Larmes de soleil
Est-ce le soleil qui se couche
Est-ce le sommeil
Est-ce moi
Je ferme les yeux simplement
Pour mieux voir
Mon pays
Mon royaume
Il n'y a plus rien autour de moi
(...)
Je vois des grands chemins très blancs
Comme les lignes de la main
(...)

06. de Anthony Lhéritier - Mouettes
Les mouettes du pont de Grenelle
Dans le ciel de Paris
N'écoutent plus les cris
Du vent qui les rappelle.

Le vent sait bien qu'il perd sa peine
Il ne reverra plus
Ses beaux enfants perdus sur les bords de la Seine.

Restez avec nous, les rebelles,
Paris a tant de ponts,
De maisons, de chansons,
Pour les cœurs infidèles

07. de Paul Éluard (1895 - 1952) - Poisson
Les poissons, les nageurs, les bateaux
Transforment l'eau.
L'eau est douce et ne bouge
Que pour ce qui la touche.

Le poisson avance
Comme un doigt dans un gant,
Le nageur danse lentement
Et la voile respire.

Mais l'eau douce bouge
Pour ce qui la touche,
Pour le poisson, pour le nageur, pour le bateau
Qu'elle porte
Et quelle emporte.

08. de Maurice Carême (1899-1978) - Soir d'été
Si vous tendez un peu l'oreille
Quand le soleil
A fait flamboyer le jardin
Et que son dernier rayon dore
Encore
Au seuil du soir,
Votre arrosoir.
Ecoutez bien :
Vous entendrez tout doux, tout doux,
Dans tous les coins
Ivres d'odeurs,
Vous entendrez, à petits coups,
Dans tous les coins, boire les fleurs.

09. de Jacques Prévert (1900-1977) - On frappe
Qui est là
Personne
C'est simplement mon cœur qui bat
Qui bat très fort
A cause de toi
Mais dehors
La petite main de bronze sur la porte de bois
Ne bouge pas
Ne remue pas
Ne remue pas seulement le petit bout du doigt

10. de Robert Desnos (1900-1945) - Le Pélican
Le capitaine Jonathan,
Étant âgé de dix-huit ans,
Capture un jour un pélican
Dans une île d'Extrême-Orient.

Le pélican de Jonathan
Au matin, pond un œuf tout blanc
Et il en sort un pélican
Lui ressemblant étonnamment.

Et ce deuxième pélican
Pond, à son tour, un œuf tout blanc
D'où sort, inévitablement,
Un autre qui en fait autant.

Cela peut durer pendant très longtemps
Si l'on ne fait pas d'omelette avant
.

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