" C'était un grand acteur maigre et magnifiquement autodétruit, avec une grâce folle. Jamais vous n'aviez touché des mains d'homme d'une telle douceur. Quand on se voyait, je les lui prenais dans les miennes, rien que pour essayer de le croire ! Pierre avait tourné avec Visconti, Bunuel, Bertolucci, Garrel l'a glissé dans le lit de la Vierge (où il jouait... Jéus) !
Le cannibale golgothant sur l'Etna dans la Porcherie de Pasolini, c'est lui ! Pierre voulait jouer le personnage d'un de mes contes (un type sur la paille qui vend ses organes un à un pour rembourser ses dettes), mais moi, je lui disais qu'il valait mieux qu'il incarne le Chevalier à la Triste Sainte Face.
Pierre était le seul Don Quichotte crédible valable, splendide. Les cheveux, le regard, la bouche, la voix. Il suffisait qu'un cinéaste lui trouve une Rossinante, un Sancho Pança, trois moulins à vent et puis, c'était bon... Ah ! Pierrot ! Toujours entre deux titubements, toujours plus beau, toujours plus élégant...
Un jour, avec Gérard, son toubib, on l'a ramené à l'aube rue Amélie, la petite rue où Denoël avait ses locaux dans les années trente, et où Céline avait publié son Voyage. Voyageur de nuit au bout de la rue Amélie, Pierre a disparu en zigzaguant.
- L'année dernière... En 1999, au lendemain de la Tempête à faire s'envoler toutes les ailes de tous les moulins ! Je l'avais déjà vu dans son cercueil, mais vivant, pour une pièce de théâtre où il monologuait en tricotant dans sa bière pendant une heure.
A l'église Notre-Dame-des-Champs, au milieu de la nef, il était entouré par tous ses amis bordés de noir, et par Balthazar et Valentin, ses fils, et même par sept saxos qui ont tenu une seule longue note à l'unisson (un mort bémol, je crois)... Pierre, là aussi, était couché dans un cercueil, mais il ne s'est pas relevé pour saluer à la fin. "
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 - (cont'd)
" C'était un grand acteur maigre et magnifiquement autodétruit, avec une grâce folle. Jamais vous n'aviez touché des mains d'homme d'une telle douceur. Quand on se voyait, je les lui prenais dans les miennes, rien que pour essayer de le croire ! Pierre avait tourné avec Visconti, Bunuel, Bertolucci, Garrel l'a glissé dans le lit de la Vierge (où il jouait... Jéus) !
tillybayardrichard 1 year ago
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 - (cont'd)
Le cannibale golgothant sur l'Etna dans la Porcherie de Pasolini, c'est lui ! Pierre voulait jouer le personnage d'un de mes contes (un type sur la paille qui vend ses organes un à un pour rembourser ses dettes), mais moi, je lui disais qu'il valait mieux qu'il incarne le Chevalier à la Triste Sainte Face.
tillybayardrichard 1 year ago
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 - (cont'd)
Pierre était le seul Don Quichotte crédible valable, splendide. Les cheveux, le regard, la bouche, la voix. Il suffisait qu'un cinéaste lui trouve une Rossinante, un Sancho Pança, trois moulins à vent et puis, c'était bon... Ah ! Pierrot ! Toujours entre deux titubements, toujours plus beau, toujours plus élégant...
tillybayardrichard 1 year ago
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 - (cont'd)
Un jour, avec Gérard, son toubib, on l'a ramené à l'aube rue Amélie, la petite rue où Denoël avait ses locaux dans les années trente, et où Céline avait publié son Voyage. Voyageur de nuit au bout de la rue Amélie, Pierre a disparu en zigzaguant.
tillybayardrichard 1 year ago
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 - (cont'd)
Et il est mort, vous ne devinerez jamais quand...
- Le 27 décembre !
- L'année dernière... En 1999, au lendemain de la Tempête à faire s'envoler toutes les ailes de tous les moulins ! Je l'avais déjà vu dans son cercueil, mais vivant, pour une pièce de théâtre où il monologuait en tricotant dans sa bière pendant une heure.
tillybayardrichard 1 year ago
In: Alain Zannini, Marc-Edouard Nabe, Joyeux anniversaires !, page 713 (cont'd)
A l'église Notre-Dame-des-Champs, au milieu de la nef, il était entouré par tous ses amis bordés de noir, et par Balthazar et Valentin, ses fils, et même par sept saxos qui ont tenu une seule longue note à l'unisson (un mort bémol, je crois)... Pierre, là aussi, était couché dans un cercueil, mais il ne s'est pas relevé pour saluer à la fin. "
tillybayardrichard 1 year ago