ساق نجعك ساق-صليحة-

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Uploaded by on Mar 31, 2011

C'est dans le petit village de Neber, dans la région du Kef, qu'est née Saliha, dans les premiers mois de 1914. Son père, d'origine algérienne, et sa mère quittent la région et gagnent Tunis à cause des difficultés de la vie, surtout que la famille s'est agrandie d'une 2e fille.
La vie de Saliha à Tunis est racontée dans les livres de manière assez différente. Chacun y va de sa version, vu l'intérêt suscité ces années-là pour cette voix unique et le nombre de ses rencontres souvent au gré du hasard. A chaque occasion, sa voix ne passe pas inaperçue et sa façon de chanter dans les soirées privées attire plus d'un mécène.
Saliha à la Rachidia
C'est en 1940 que Béji Sardahi l'entend un jour chanter dans une maison, rue du Pacha, à Tunis, et décide de la prendre en charge. La Rachidia venait de naître en 1934-35 et avait pour but la conservation et la protection du patrimoine musical national sous le poids de la colonisation et face à toutes les tendances extérieures et intérieures qui avaient pour but de rayer l'identité tunisienne. Mais la Rachidia a permis de rassembler toutes les bonnes volontés et surtout des musiciens, des compositeurs et des poètes exceptionnels tels Khemaïs Tarnane, Mohamed Triki, Chefia Rochdi, Fethia Khaïri ainsi que Cheikh Arbi Kabadi, Ahmed Khaïreddine, Mahmoud Bourguiba, Mohamed Marzouki et bien d'autres qui se chargeaient d'écrire des textes de valeur. Mohamed Ghanem, lui, se chargeait de former des musiciens. Tarnane et Triki composaient des mouachahs.
Le maestro Belalgia racontait que Saliha chantait des chansons orientales, «comme tout le monde à ce moment-là», avant d'être prise en charge à la Rachidia dirigée par Mustapha Sfar. C'est d'ailleurs en interprétant «Ifrah ya qalbi lak nacib» de Oum Kalthoum qu'elle a emballé Béji Sardahi. Celui-ci l'engage dès le lendemain et décide de la faire chanter tunisien. Sa première prestation fut très bonne à la radio (qui venait de voir le jour) et où elle était accompagnée de Kaddour Srarfi au violon, Brahim Salah au qanoun, deux percussions et Sardahi au luth.
A la Rachidia, devant les personnalités les plus importantes, elle émerveille tout ce beau monde en chantant Billahi ya Ahmed ya khouya. Sa carrière commence alors en vraie professionnelle. Elle perçoit un salaire et est prise en main par un trio inégalable: K. Tarnane, M. Triki et Salah Mehdi.
La courte vie de Saliha
Dès le départ, les chansons composées pour elle sont des succès inouïs, à telle enseigne que Belalgia déclare: «Saliha et la Rachidia ne font plus qu'un». Ses premières chansons : Lanti bil wasl thannini (Mahmoud Bourguiba, Mohamed Triki), Frag ghzali (atiq), Dar el flak (Abdelmajid Ben Jeddou, Salah Mehdi). Elle s'attaque aussi au qacid en arabe littéraire avec autant de réussite: Hajara el habibou wa ma dara (Mustapha Agha, K. Tarnane) et surtout Ya zahratan (Mohamed Saïd Khalsi, Tarnane).
Sa carrière continue de plus belle, mais sa vie privée se termine par un malheureux divorce après la naissance de sa fille Aroussia (aujourd'hui Choubeïla Rached). Pour subvenir aux besoins de la vie, elle a dû beaucoup travailler.
La suite de sa vie est douloureuse. Fin 1957, elle chante chez elle au Kef en compagnie de Ridha Kalaï. Elle trébuche en descendant de la scène et se porte mal depuis. Elle se fait alors opérer et reste clouée au lit trois mois durant. Mais malgré une convalescence inachevée, elle revient au chant, en dépit de l'avis contraire des médecins.
Le 10 novembre 1958, au Théâtre municipal, malgré la maladie, elle décide d'enregistrer sa célèbre chanson Mridh fani tal bya daya! coûte que coûte. Elle y parvient, mais après une deuxième opération, Saliha quitte ce bas monde le 26/11/1958 à 44 ans. Sa mort a été un douloureux événement national. Les historiens parlent de 20.000 personnes qui ont formé le cortège funèbre lors de son enterrement à Sidi Yahia, El Omrane, à Tunis.
Saliha a excellé durant sa vie avec une voix exceptionnelle. On lui doit de chanter du atiq dont l'âge dépasse 150 ans! telles : Bakhnoug ou Ya khil Salem ou Bellahi ya Ahmed ya khouya. Ses chansons aussi bien dans le atiq que dans le bédoui ont été et sont encore très proches de la sensibilité des amateurs de patrimoine.
Aujourd'hui encore, ses chansons sont inoubliables et inégalables et sa voix résonne partout et surtout dans nos cœurs.

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Music

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