Seigneurs, sachiez qui or ne s'en ira. Chant de croisade, interprété par René Zosso accompagné par le Clemencic Consort.
Écrit et composé par Thibaut de Champagne (1201-1253).
Thibaut IV fut comte de Champagne et roi de Navarre. Poète et chansonnier. Un des grands troubadours français du 13ème siècle, illustre et célébré de son vivant.
En 1239 le pape Grégoire IX lance un appel à une nouvelle croisade en Terre Sainte. C'est justement Thibaut qui a la charge de prendre la tête de l'expédition militaire. Il a probablement composé cette chanson à l'occasion de ses préparatifs, dans le but de gagner à sa cause croisés et gens d'arme. Au Moyen-Âge il n'y a pratiquement pas d'armées permanentes. Cette croisade mal engagée, et contre l'avis de l'empereur Frédéric II - lui-même roi de Jérusalem et fin connaisseur des affaires d'Orient -, se soldera par un échec. Thibaut, vaillant seigneur à la guerre, était sans doute bien meilleur poète que clairvoyant en politique... Pour rester sur le terrain musical et littéraire, et sans grand risque d'erreur, on peut donc dater cette chanson de 1239.
René Zosso ne reprend pas le poème de Thibaut en entier. Je n'en ai pas non plus la version d'origine en français du 13ème siècle. En tout cas, en voici une adaptation en français modernisé :
Seigneurs, sachez : qui point de s'en ira
En cette terre où Dieu fut mort et vif,
Et qui la croix d'outre-mer ne prendra,
A dure peine ira en paradis;
Qui n'a en soi pitié ni souvenance,
Au haut Seigneur doit chercher sa vengeance,
Et délivrer sa terre et son pays.
Tous les mauvais resteront à l'arrière
Qui, n'aimant Dieu, ne l'honorent, le prient.
Et chacun dit : "Ma femme que fera ?
La laisserai à nul, fut-il ami",
Serait tomber en bien trop folle errance;
Il n'est amis hors celui, sans doutance,
Qui pour nous fut en la vraie croix mis.
Or, s'en iront ces vaillants écuyers
Qui aiment Dieu et l'honneur de ce mont,
Qui sagement veulent à Dieu aller;
Et les morveux, les cendreux resteront.
Aveugle soit - de ce, ne doute mie -
Qui n'aide Dieu une fois en sa vie,
Et pour si peu perd la gloire du monde.
Douce dame, reine couronnée,
Priez pour nous, Vierge bienheureuse !
Et après nul mal ne nous peut échoir.
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